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Rester au village et en vivre : ce que le programme AFOP offre aux jeunes ruraux

Publié le · Jeunes ruraux et métiers agricoles

Co-signé par NGAN Pulchérie Bardo, institutrice expérimentée, coach certifiée et enseignante certifiée en Programmation Neurolinguistique (+237 650 90 80 23) et MATIP KENDEG Charles Lwanga, expert en politiques publiques, enseignant expérimenté, coach certifié et enseignant certifié en Programmation Neurolinguistique (+237 699 08 68 52), avec l'équipe des Centres de formation professionnelle du Cameroun.

Il est six heures du matin dans un village des environs de Bertoua. Appelons-la Mireille : elle a vingt ans, un CEP en poche, deux tentatives ratées au BEPC, et un oncle qui lui promet « une place » chez un commerçant de Yaoundé. Sa mère, elle, voudrait qu'elle reste. Entre les deux, Mireille regarde le champ de manioc familial et se dit que, franchement, la terre, ce n'est pas un avenir. Le prénom est inventé ; la scène, vous l'avez tous vue cent fois.

Et si la terre pouvait justement devenir un métier, appris, outillé, reconnu ? C'est le pari qu'a fait le Cameroun en 2008 avec un dispositif encore trop peu connu des familles : le programme AFOP, consacré à la rénovation de la formation professionnelle dans l'agriculture, l'élevage et la pêche. Parlons-en sans enjoliver, chiffres sourcés à l'appui.

Un dispositif né d'un accord de désendettement

Le programme a été lancé sous la double tutelle du ministère de l'Agriculture et du Développement rural (MINADER) et du ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D) conclu avec la France. Autrement dit, ces centres ne relèvent pas du MINEFOP : c'est un réseau à part, que bien des parents ignorent quand ils cherchent « une formation » pour leur enfant.

L'évaluation de la première convention de financement (2008-2015), réalisée en 2015 pour l'Agence française de développement (AFD), décrit une subvention de 12 millions d'euros et un chantier impressionnant : des dizaines de centres publics et privés à rénover, des écoles à créer. Une deuxième phase a élargi le dispositif à l'échelle nationale. La troisième, dite de « consolidation et de pérennisation » (PCP-AFOP), a été financée à hauteur de 40 millions d'euros par l'AFD de juillet 2017 à juillet 2023, avec l'ambition affichée, selon la page du projet, de former 15 000 jeunes (la fiche projet diffusée par le réseau FAR avançait 12 500 : les documents ne concordent pas tout à fait).

Deux ans entre le centre, le champ du référent et la maison

Tout tient dans le rythme. Le réseau FAR (Formation agricole et rurale) décrit une formation de deux ans en alternance, destinée à des jeunes de 18 à 35 ans. Le jeune ne reste pas enfermé dans une salle : il alterne par périodes de deux semaines entre le centre, l'exploitation d'un producteur « référent » et sa propre famille. Pendant les séjours au centre, une ration de 1 000 FCFA par jour était prévue.

Pour nous, enseignants, c'est l'essentiel. L'alternance oblige le savoir à faire l'aller-retour : ce qu'on explique le lundi au centre, on le voit faire le jeudi chez le référent, et on l'essaie le dimanche sur la parcelle familiale, sous le regard parfois sceptique du père. C'est exigeant, mais c'est ainsi que se fabrique un professionnel.

Et ça attire. Le coordonnateur national expliquait en 2015 à la revue Grain de sel que les candidatures dépassaient de deux à trois fois les places disponibles, avec un taux d'abandon inférieur à 6 %. L'entrée se fait sur test national puis entretien individuel.

Après la formation, la question qui fâche : de quoi démarrer ?

Former, c'est bien ; s'installer, c'est autre chose. Le dispositif a prévu une subvention d'aide à l'installation de 1,5 million de FCFA, versée en plusieurs tranches, avec un suivi dégressif pendant deux ans et un contrôle de l'usage de l'argent. En avril 2018, deux cérémonies, à Foumban dans l'Ouest et à Guidiguis dans l'Extrême-Nord, ont célébré l'installation du trois-millième jeune.

Soyons clairs : trois mille installés, c'est réel, mais ce n'est pas encore une vague. L'évaluation de 2015 exprimait déjà des doutes sur la capacité des jeunes à obtenir des financements pour leur entreprise, malgré une bonne préparation technique, et notait que la durabilité des centres dépendait d'une politique publique de formation agropastorale « qui reste à élaborer ». Une étude de Montpellier SupAgro menée autour du Centre de formation rural de Bouam, dans l'Est, parlait d'une « agriculture de seconde génération » en marche, tout en la jugeant encore naissante et fragile. Elle relevait aussi quelque chose qui ne se mesure pas en francs : ces jeunes étaient « réellement fiers » de leur métier d'exploitant.

Et aujourd'hui ? Le travail continue : entre 2023 et 2025, l'association des moniteurs (AMOCEFAHC) a mené, avec le réseau FAR, un projet de capitalisation des outils d'alternance au sein d'un réseau de 88 centres formant des jeunes hommes et femmes au métier d'exploitant agricole. En revanche, nous n'avons pas trouvé, au moment d'écrire ces lignes, de bilan public consolidé du nombre de jeunes formés et installés depuis la fin de la troisième phase en 2023. Si vous dirigez un de ces centres et disposez de chiffres publiés, écrivez-nous.

Et les filles ?

La fiche projet de la troisième phase diffusée par le réseau FAR fixait un objectif explicite : sur 12 500 jeunes à former, 5 000 femmes, et près de 4 000 parmi les 9 000 jeunes à insérer. Un objectif n'est pas un résultat, et nous ne disposons pas du chiffre final. Mais le signal est clair : la ferme moderne n'est pas réservée aux garçons, et un parent qui oriente sa fille vers ces centres ne la « condamne » pas au champ — il lui ouvre la porte d'une entreprise.

Aider un jeune à dessiner son installation avant de la financer

Revenons aux moniteurs, ces formateurs qui accompagnent le jeune pendant deux ans puis l'aident à monter son projet. Un outil de la Programmation neuro-linguistique peut ici rendre de vrais services : l'« objectif bien formulé ». Il s'agit d'une série de questions simples qu'on pose au jeune, une à une, sans se presser. Que veux-tu, dit de façon positive (« élever 200 poulets de chair par bande », plutôt que « ne plus dépendre de mon oncle ») ? Qu'est-ce qui dépend vraiment de toi, et qu'est-ce qui dépend des autres ? Où, quand, avec qui ? Comment sauras-tu, concrètement, que tu y es — qu'est-ce que tu verras, entendras, toucheras ce jour-là ? Et enfin, la question que les jeunes négligent le plus : qu'est-ce que ce projet va changer pour ta famille, ton foncier, ta santé, ton temps ? Ce n'est pas de la magie, ni une méthode scientifiquement validée en tant que telle : c'est un outil de coaching qui complète la pédagogie de l'alternance. Mais un jeune qui a répondu honnêtement à ces questions arrive devant ceux qui décident de la subvention, ou devant une caisse de microfinance, avec un projet qui lui ressemble et qu'il sait défendre. C'est précisément là où l'évaluation de 2015 voyait la fragilité.

Alors, à vous, parents de Mireille et de tous les autres : avant de pousser vos enfants vers la ville à tout prix, renseignez-vous auprès de la délégation départementale de l'Agriculture ou de l'Élevage la plus proche. Un centre de formation agricole se trouve peut-être à moins d'une journée de route. La terre ne promet rien. Mais un jeune formé, accompagné et fier de son métier, peut lui faire tenir beaucoup de promesses.

Sources.

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