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Apprendre au pied du maître : ce que la loi et l'alternance changent pour l'apprenti d'atelier

Publié le · Apprentissage et compagnonnage

Co-signé par NGAN Pulchérie Bardo, institutrice expérimentée, coach certifiée et enseignante certifiée en Programmation Neurolinguistique (+237 650 90 80 23) et MATIP KENDEG Charles Lwanga, expert en politiques publiques, enseignant expérimenté, coach certifié et enseignant certifié en Programmation Neurolinguistique (+237 699 08 68 52), avec l'équipe des Centres de formation professionnelle du Cameroun.

Sept heures, à Ndokoti, à Douala. Le rideau métallique du garage remonte dans ce grincement que tout le carrefour connaît. Junior — appelons-le ainsi, il ressemble à tant d'élèves passés par nos classes — balaie la dalle, range les clés de 10 et de 13, puis attend le patron. Il a seize ans. Il n'a signé aucun papier. Ses parents l'ont « remis » au mécanicien un dimanche, avec une enveloppe et une poignée de main. Un jour, peut-être, il y aura la « libération », la petite fête où l'on déclare l'apprenti prêt à voler de ses propres ailes. Peut-être.

Cette scène, vous la connaissez. Elle se rejoue à Bafoussam chez la couturière, à Garoua chez le menuisier, à Bertoua dans le salon de coiffure du marché. Et elle pèse lourd : selon la troisième Enquête sur l'emploi et le secteur informel de l'Institut national de la statistique (EESI3, indicateurs de 2021), 86,6 % des emplois au Cameroun relèvent du secteur informel, et 94,9 % en milieu rural. Le travail, chez nous, se trouve d'abord dans les ateliers, les échoppes et les exploitations familiales. C'est là que beaucoup de jeunes apprennent un métier, au pied d'un maître, souvent sans rien d'écrit.

Ce que la loi prévoit déjà pour Junior

Beaucoup de familles l'ignorent : l'apprentissage en atelier n'est pas un simple arrangement entre voisins. La loi n° 2018/010 du 11 juillet 2018 régissant la formation professionnelle, qui a pris le relais d'un texte de 1976 et fait de la formation professionnelle une « priorité nationale », lui consacre des règles précises. Son article 6 définit l'apprentissage comme un « mode de formation alternée de longue durée qui se déroule pour une part importante en entreprise », auprès d'une personne qualifiée reconnue comme maître d'apprentissage.

L'article 22 est sans ambiguïté : l'apprentissage fait l'objet d'un contrat écrit entre le maître d'apprentissage et l'apprenti ou son représentant légal. L'article 23 ajoute deux garde-fous que tout parent devrait connaître : nul ne peut être engagé sous contrat d'apprentissage avant 14 ans, et le maître doit avoir au moins 21 ans et n'avoir subi aucune condamnation pénale grave, notamment pour crime ou délit contre les bonnes mœurs. Les détails du contrat relèvent d'un texte réglementaire.

Repensez à l'enveloppe et à la poignée de main. Un papier signé ne fait pas d'un mauvais patron un bon formateur, c'est vrai. Mais il oblige chacun à dire ce qu'il promet, et il protège l'enfant.

L'article 24 de la même loi décrit la formation en alternance, qui associe des situations de travail en entreprise et des enseignements dispensés dans une institution, avec trois buts : construire le projet professionnel de l'apprenant, lui faire acquérir une qualification reconnue et faciliter son insertion. Le mot qui compte est « reconnue » : toute la différence entre « il a fait le garage » et « il détient un titre ».

FormPro237, ou l'alternance qui sort du papier

Depuis janvier 2025, un projet tente de faire vivre cette alternance. FormPro237, piloté par le MINEFOP, financé par l'Ambassade de France via le Fonds Équipe France et mis en œuvre par l'Agence universitaire de la Francophonie, veut structurer un modèle national de formation par apprentissage. Lors de son deuxième comité de pilotage, le 29 janvier 2026 au Centre national de formation des formateurs et de développement des compétences, à Yaoundé, le bilan affiché était le suivant : 7 centres de formation mobilisés, 12 entreprises partenaires, 9 filières techniques et 45 formateurs et maîtres d'apprentissage formés, avec une feuille de route pour la rentrée 2026.

Fin juin 2026, des experts du Centre de formation d'apprentis de l'Académie de Limoges ont animé à Yaoundé un séminaire sur la gestion, le pilotage et le financement de l'apprentissage, ouvert par le secrétaire général du MINEFOP. Quelques jours plus tard, des directeurs généraux d'entreprises étaient sensibilisés aux incitations de la loi de finances 2026 : extension des avantages aux contrats d'alternance professionnelle, crédit d'impôt de 20 % sur les charges d'insertion des jeunes, exonérations de droits de douane sur les équipements et outillages destinés à la formation.

Soyons honnêtes : sept centres et douze entreprises, face à la multitude d'ateliers du pays, c'est une graine, pas encore une forêt. Mais le projet repose sur une gouvernance à trois — centres, entreprises, pouvoirs publics — et forme les maîtres d'apprentissage comme de vrais formateurs. C'est le bon chemin.

Quand le maître sait faire mais ne sait pas dire

Voici le cœur du problème, que tout enseignant de terrain connaît : le meilleur artisan n'est pas toujours le meilleur transmetteur. Le mécanicien de Ndokoti entend qu'un moteur « ne tourne pas rond » avant même d'ouvrir le capot. Demandez-lui comment il le sait, il haussera les épaules : « Ça se sent. » Son savoir est immense, mais enfoui. Et Junior regarde, tend les clés, attend que la lumière vienne toute seule.

La Programmation Neuro-Linguistique offre ici un outil simple aux maîtres d'apprentissage : le modelage, cette démarche qui consiste à rendre explicite la manière dont un expert s'y prend. Concrètement, on aide le maître à se poser des questions qui passent par les sens. Qu'est-ce que tu vois quand la soudure est bonne ? Qu'est-ce que tu entends quand le moteur tourne juste ? Qu'est-ce que tu sens dans la main quand le rabot accroche ? Peu à peu, le « ça se sent » devient une suite de repères que l'apprenti peut chercher à son tour : la couleur du cordon, la régularité du bruit, la résistance du bois. Le second réflexe concerne la façon de corriger. Dire « ton point de couture part de travers ici, recommence en tenant le tissu plus tendu » nomme un geste qu'on peut changer ; dire « tu es nul » vise la personne et ferme la porte. Distinguer le comportement de l'identité : la PNL met cette idée au premier plan. Ces outils de coaching et de communication ne remplacent ni l'approche par compétences ni la pratique répétée à l'établi ; ils aident le maître à mettre des mots sur ce qu'il fait si bien, et c'est souvent ce qui manque pour que la transmission prenne.

Ce que chacun peut faire dès maintenant

Vous êtes parent ? Avant de confier votre enfant, visitez l'atelier, parlez au maître, demandez un engagement écrit et signé dont vous garderez une copie. Posez aussi la question qui fâche parfois : au bout du parcours, quel titre pourra-t-il présenter ? La loi de 2018 prévoit, à côté de la formation initiale et de l'apprentissage, la validation des acquis de l'expérience ; et comme nous l'expliquions la semaine dernière à propos du CQP et du DQP, un titre délivré sous l'égide du MINEFOP ne pèse pas du tout comme une simple attestation.

Vous dirigez un centre de formation ? Les ateliers de votre quartier ont les machines, les clients et les situations réelles ; vous avez la pédagogie et la certification. Ce sont vos partenaires naturels d'alternance. Vous êtes chef d'entreprise ? Faites vérifier auprès de l'administration fiscale les conditions précises des incitations de 2026 avant de vous engager.

Et Junior ? Il ouvrira encore le rideau à sept heures. Mais imaginez la même scène avec, rangé dans le tiroir de sa mère, un contrat qui dit ce qu'il apprendra, un patron qui sait expliquer pourquoi le moteur tousse, et au bout du chemin un titre reconnu. Les textes existent déjà. À nous, parents, enseignants, maîtres et responsables, de les faire entrer dans l'atelier.

Sources.

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